Le Comité des femmes vous propose un résumé d’un des articles du magasine «Gazette des femmes» de mai-juin 2026.
Pendant des décennies, la recherche scientifique et les outils cliniques sur le trouble du spectre de l’autisme (TSA) ont été développés en se basant presque exclusivement sur des sujets masculins. Ce biais médical majeur a occulté les manifestations de l’autisme chez les femmes, les grilles d’évaluation traditionnelles s’avérant inadaptées pour détecter leurs traits spécifiques. Alors qu’un garçon manifestera parfois ses difficultés de manière externe ou explosive, une fillette aura tendance à se replier sur elle-même ou à paraître simplement timide et distraite. Au Québec, cette asymétrie historique persiste dans les statistiques actuelles, où les garçons reçoivent encore trois à quatre fois plus de diagnostics que les filles, laissant toute une génération de femmes sans réponses face à leur sentiment permanent de décalage.
Pour pallier l’absence de diagnostic et répondre aux attentes d’une socialisation genrée axée sur l’empathie et l’harmonie, les filles autistes déploient très tôt des stratégies de camouflage social (masking). Poussées par le désir d’être acceptées, elles observent minutieusement leur entourage pour imiter les comportements neurotypiques : forcer le regard, réprimer leurs tics, mémoriser des scripts de conversation ou copier l’apparence de leurs paires. Si cette performance sociale leur permet de naviguer à l’école ou de décrocher un emploi, elle exige une hypervigilance de chaque instant. À long terme, ce mécanisme de survie s’avère extrêmement énergivore et mène fréquemment à un épuisement autistique profond, souvent confondu par les professionnels de la santé avec une dépression ou un trouble anxieux.
En raison de l’efficacité de leur camouflage, de nombreuses femmes n’obtiennent un diagnostic exact que très tardivement, parfois à l’âge adulte avancé, après avoir traversé des années d’incompréhension et reçu des diagnostics erronés comme le trouble de personnalité limite. L’annonce de ce verdict médical est vécue avec une profonde ambivalence : c’est un soulagement immense qui agit comme une clé pour expliquer toute une vie de luttes, mais c’est aussi une source de tristesse face au temps perdu. L’absence d’identification précoce laisse des cicatrices durables, notamment une estime de soi profondément heurtée et une culpabilité injustifiée. Un dépistage durant l’enfance leur aurait pourtant évité de porter la responsabilité de leurs difficultés et leur aurait ouvert l’accès à des aménagements scolaires et professionnels essentiels.
Enfin, le manque de reconnaissance de l’autisme au féminin engendre de graves conséquences systémiques qui jalonnent la vie de ces femmes, notamment une vulnérabilité dramatique face aux violences sexuelles, qui touchent près de 9 femmes autistes sur 10. Leur propension à vouloir s’intégrer, jumelée à des difficultés à décoder les intentions manipulatrices ou à poser des limites claires, en fait des cibles idéales en l’absence d’une éducation sexuelle explicite sur le consentement. De plus, le monde médical refuse souvent de s’adapter à leurs particularités sensorielles et de communication, que ce soit lors des examens gynécologiques ou durant la maternité. Les mères autistes font ainsi face à des préjugés institutionnels tenaces qui vont jusqu’à transformer leur handicap en motif injustifié de signalement, prouvant que l’adaptation des pratiques médicales est une urgence de santé publique.
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Photo : La Gazette des femmes Bandeau :Photo : © Alexander Grey (unsplash.com)
Auteur : Mélina Nantel
Claude Pelletier, Comité des femmes